LA DURE LOI DES GRANDES ÉCOLES DE COMMERCE

Après trois ans d’études en école de commerce, et après avoir passé mes concours pour entrer en Master cette année, les écoles de commerce ça me connaît. Et même si j’ai beau adorer mes études et me sentir vraiment bien dans cette voie, il y a toujours ce petit truc qui me dérange.

Qui dit école de commerce dit argent. Et non ce n’est pas simplement un préjugé. Je trouve que les écoles de commerce favorisent nettement les inégalités sociales de réussite scolaire. J’ai pas mal réfléchi à tout ça et observé les personnes qui m’entouraient dans ces écoles ainsi que ma propre situation. La sociologie m’a toujours intéressé et au risque de passer pour une révoltée voici ce que je pense de cette course au diplôme.

Mes parents ont fait de grandes études: hypokhâgne, khâgne pour ma mère et maths supp maths spé pour mon père. Même si les chances d’intégrer une grande école des jeunes issus des milieux populaires augmentent, ce serait mentir de nier qu’encore maintenant, quasiment tout mes camarades de promo avaient des parents cadres ou enseignants.

Déjà la sélection commence à l’entrée. Sans exagérer c’est un peu l’abattoir. Tu es le numéro de candidat 6540, une tête parmi 10000. Avec du recul et après avoir vu un peu ce que les personnes de mon lycée sont devenues, je me rends compte que les personnes qui intègrent une grande école font partie à peine de 5% du total des bacheliers. Un concours pour entrer en école de commerce, avant tout et sans même savoir si on va réussir, il faut le financer. Alors oui, certes, il y a des bourses et les concours sont plus ou moins payants selon la situation financière de chacun mais bon, passons.

Pour passer un écrit pour entrer en école de commerce, à mon niveau (entrée en Master 1) il faut débourser environ 500 € pour passer 3/4 écoles. Tu as passé la barre des écrits? Bravo! Maintenant, paye tes oraux.

Tu fais partie à présent de l’élite des admissibles: tu n’as plus qu’environ 3000 étudiants à dégommer. Pour venir passer tes oraux, tu dois payer le train/ l’avion ou l’essence de ta caisse. 3 villes? Rien que 250€. Mais ne t’inquiète pas, pour passer la pommade, on t’offre le petit déjeuner à l’arrivée.

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Les oraux. Parlons-en. Tu arrives devant un jury. Tu es une fille et tu passes devant une femme? Tu peux t’enlever environ 3 points. Tu as un  homme? Bingo +3 points. On parle souvent des discriminations des femmes à l’embauche mais aux concours c’est encore pire car tu es jeune, donc facilement atteignable. J’ai beaucoup discuté avec les étudiants qui passaient les oraux avec moi, c’est catastrophique à quel point certains jury s’autorisent des remarques ou ont des jugements inacceptables. Alors moi qui présentais mon projet professionnel axé sur la mode, je peux vous dire que j’avais bien peur de passer pour la nunuche de service, blogueuse et obsédée par son apparence.

Bien sûr, on peut tomber sur des personnes à l’écoute, qui sont là pour s’intéresser à  un projet et non là pour te tirer dans les pattes et j’ai eu de la chance de ne pas avoir à chaque fois un jury désagréable. Mais certaines remarques m’ont choqué (ci-joint ce que j’aurais voulu répondre à ces questions en italique):

1) Mais travailler dans la mode ce n’est pas futile? Coco, LVMH on en parle?

2) Vous pensez vraiment que c’est possible d’être une femme et chef d’entreprise? Il faudrait donner un flingue aux admissibles avec le petit déjeuner.

3) Ah tu étais à Amiens pour tes études (regard méprisant)? C’est où cette ville? Et après ça ose me poser des questions de culture générale.

Bon, j’avoue j’en ai eu d’autres mais je ne me souviens que de celles-ci, choquant n’est-ce-pas? Vous allez alors vous demander pourquoi je souhaite faire une école de commerce si je les critique à ce point. En soit, les cours sont intéressants, les possibilités de départs à l’étranger assez incroyables et la possibilité de s’investir dans une association est une super expérience. J’adore être en école de commerce, c’est à mon sens une vraie communauté dans laquelle je me sens bien. Mais je déteste à la fois ce côté élitiste et avec tous les abus qui vont avec. Car comment parler d’égalité des chances quand à un entretien on est jugé sur des expériences à l’étranger ( partir voyager ce n’est pas vraiment gratuit ), des expériences professionnelles qui sortent de l’ordinaire (et qui on le sait bien sont souvent gagnées grâce aux relations de papa et maman) et à sa tête (une belle tête BCBG passe toujours mieux que des dreads).

Au final, j’ai été prise à deux écoles sur trois, mais normalement avec ma place sur la liste d’attente, la troisième devrait aussi m’ouvrir ses portes. J’avais envie d’écrire ce billet pour vider mon sac, j’ai de la chance de pouvoir faire ses études et j’en suis consciente mais je ne suis pas encore lobotomisée au grade « Pigeon de grande école de commerce », merci.

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